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Calendrier de l'avent du domaine public 📚 Édition quĂ©bĂ©coise
3 Décembre 2016

Margaret Sanger

Une notule colligée par Danielle Noiseux
Calendrier:
  • 2017
| Discipline(s): Tags Féminisme, Syndicalisme

Margaret Louise Higgins nait dans une famille ouvriĂšre d’origine irlandaise le 14 septembre 1879 Ă  Corning, New York. Son pĂšre, Michael Higgins, un vĂ©tĂ©ran de l’Union Army amĂ©ricaine est employĂ© Ă  la Corning Glass Works. Il dĂ©fend des idĂ©es socialistes et Ă©met des critiques sur l’Église catholique. Sa mĂšre, atteinte de tuberculose, mĂšne nĂ©anmoins Ă  terme onze grossesses.

SixiĂšme de la famille, Margaret est inscrite dans une Ă©cole paroissiale catholique jusqu’en 1896. Ses sƓurs aĂźnĂ©es travaillent comme domestiques, alors que ses frĂšres occupent des emplois Ă  la Corning Glass Works. Selon Margaret, son pĂšre a eu une influence majeure sur son Ă©ducation car il encourageait ses enfants Ă  exprimer et dĂ©battre leurs opinions sur n’importe quel sujet.

Margaret semble douĂ©e pour les Ă©tudes. AttirĂ©e par la mĂ©decine, elle rĂȘve de s’inscrire Ă  la Cornell University. Ses deux sƓurs ainĂ©es dĂ©cident de l’aider financiĂšrement pour qu’elle s’inscrive au Claverack College, une Ă©cole privĂ©e prĂ©-universitaire situĂ©e Ă  Hudson. Margaret doit quand mĂȘme travailler dans les cuisines de l’école pour payer sa chambre et sa pension.

Au terme de deux ans, les ressources financiĂšres s’épuisent et Margaret quitte le collĂšge avant l’obtention d’un diplĂŽme. Elle s’occupe alors de sa mĂšre malade et contracte elle aussi la tuberculose. AprĂšs le dĂ©cĂšs de sa mĂšre, elle dĂ©cide de s’inscrire dans une Ă©cole qui offre une formation d’infirmiĂšre. Elle est alors admise au White Plains Hospital. Durant sa deuxiĂšme annĂ©e d’étude, elle rencontre un jeune immigrant nĂ© Ă  Berlin et qui a Ă©tudiĂ© l’architecture et l’art Ă  New York, William Sanger. Elle se marie en 1902, quittant abruptement son cours d’infirmiĂšre.

Durant la dĂ©cennie suivante, le couple a trois enfants. Margaret s’occupe de la maisonnĂ©e et soigne sa tuberculose. William Sanger joint le Parti socialiste ainsi que l’Industrial Workers of the World (IWW).

Margaret, dĂ©jĂ  instruite des idĂ©es socialistes par son pĂšre, s’implique dans le mouvement. Elle commence Ă  travailler Ă  temps partiel comme infirmiĂšre auprĂšs des femmes enceintes. La question des grossesses Ă  rĂ©pĂ©tition et des moyens de les Ă©viter se pose Ă  elle avec acuitĂ©.

À cette Ă©poque, l’information sur la contraception est illĂ©gale et est mĂȘme considĂ©rĂ©e obscĂšne. Sanger devient confĂ©renciĂšre pour la section fĂ©minine du Parti socialiste et de l’IWW. C’est lĂ  qu’elle commence Ă  introduire des questions relatives Ă  l’éducation sexuelle et Ă  la contraception. En 1913, elle Ă©crit une sĂ©rie d’articles sur l’éducation sexuelle destinĂ©e aux enfants dans le New York Call. Ces articles seront publiĂ©s dans une brochure intitulĂ©e « What every mother should know ». À l’automne de la mĂȘme annĂ©e, le couple Sanger s’embarque pour l’Europe. Margaret revient s’installer Ă  New York avec ses enfants quelques mois plus tard, en dĂ©cembre 1913.

Sanger considĂšre qu’une fertilitĂ© incontrĂŽlĂ©e opprime les femmes de la classe ouvriĂšre et nourrit le systĂšme capitaliste. En 1914, elle publie un journal The Woman Rebel, dans lequel elle dĂ©fend l’idĂ©e du « contrĂŽle des naissances », nouveau terme formulĂ© par Sanger et un groupe d’amis anarchistes. Sept numĂ©ros sont publiĂ©s dont six sont saisis. Le gouvernement fĂ©dĂ©ral accuse Sanger de publier du matĂ©riel obscĂšne. Elle cesse alors de publier le journal mais elle gagne une grande notoriĂ©tĂ© parmi les fĂ©ministes et les gauchistes.

AprĂšs un nouveau sĂ©jour en Europe (malgrĂ© la guerre), elle revient aux États-Unis et entreprend une tournĂ©e du pays oĂč elle dĂ©fend Ă  nouveau l’idĂ©e du contrĂŽle des naissances. Elle ouvre une premiĂšre clinique de consultation Ă  New York en 1916 et en informe la presse. La clinique est fermĂ©e par la police 10 jours aprĂšs son ouverture et Sanger est inculpĂ©e. AprĂšs un procĂšs national retentissant, la cour d’appel de l’État de New York autorise les mĂ©decins Ă  prescrire aux femmes des moyens de contraception pour des raisons de santĂ© et non seulement pour prĂ©venir les maladies vĂ©nĂ©riennes.

Sanger fonde en 1921 l’American Birth Control League (ABCL), une organisation vouĂ©e Ă  promouvoir les rĂ©formes lĂ©gislatives, l’éducation et la recherche concernant la contraception. Cette organisation deviendra en 1942 le Centre de planning familial (Planned Parenthood). Les campagnes d’éducation de l’ABCL connaissent un grand succĂšs et les appuis se multiplient chez les femmes de la classe moyenne ainsi que parmi les mĂ©decins et les scientifiques.

C’est ici que contrĂŽle des naissances et, ce qu’on a appelĂ© eugĂ©nisme nĂ©gatif, se rencontrent. L’eugĂ©nisme nĂ©gatif dĂ©fend l’idĂ©e qu’une procrĂ©ation « scientifique » pourrait prĂ©venir les dĂ©fauts physiques et mentaux dans la population en Ă©vitant de les transmettre aux gĂ©nĂ©rations futures par un contrĂŽle des naissances. Cette thĂ©orie controversĂ©e a attirĂ© autant des progressistes que des rĂ©actionnaires, des socialistes ou des partisans du Parti national-socialiste allemand. Pour Sanger, l’eugĂ©nisme Ă©tait un diagnostic, le contrĂŽle des naissances, le remĂšde.

Margaret Sanger Ă©pouse un riche millionnaire en 1924. À la fin des annĂ©es 20, on considĂšre qu’elle a rĂ©ussi Ă  unifier le mouvement pro-contraception. En effet, activistes, politiciens et supporteurs financiers favorisaient maintenant l’accĂšs aux moyens contraceptifs sous supervision mĂ©dicale. En l’espace de 14 ans, Sanger a rĂ©ussi Ă  imposer son idĂ©al.  Elle milite dans le mouvement jusqu’à la fin de la DeuxiĂšme Guerre mondiale.

En 1951, elle invite un scientifique, Gregory Pincus, Ă  mettre au point un contraceptif oral. C’est l’une de ses riches amies, Katharine McCormick qui subventionne les recherches. Elles aboutiront Ă  la mise en marchĂ© en 1960 de l’Enovid, connu sous le nom de pilule anticonceptionnelle. En 1959, Gregory Pincus dĂ©die son rapport sur les contraceptifs oraux « to  Margaret Sanger with affectionate greetings – this product of her pioneering resoluteness« .

À sa mort en 1966, Margaret Sanger est considĂ©rĂ©e comme une figure majeure de la premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcle.

Sources :

Katz, Esther (ed.) The selected papers of Margaret Sanger. Volume 1 : The woman rebel, 1900-1928.  Urbana : University of Illinois Press, 2003.

Kennedy, David M.  Birth control in America : the career of Margaret Sanger. New Haven : Yale University Press, 1970.

Wikipedia :

En Français

Image : By Underwood & Underwood [Public domain], via Wikimedia Commons

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