« Ce qui me terrorise dans cette affaire de pollution des eaux câest que câest lâinconscience humaine qui nous met en grand danger. Câest pourquoi il nous faut Ă©veiller la pensĂ©e qui me dit non, non, non, je ne veux pas mettre du mazout dans la mer⊠Tout ce qui se rapporte Ă la nature, mĂȘme la gĂ©ologie, voulez-vous croire, (âŠ) tout ce qui est de la nature mâintĂ©resse, lâeau, lâair, les oiseaux, les poissons, les plantes. Tout ça mâintĂ©resse!
La pollution des mers me prĂ©occupe beaucoup, jây vois un danger absolument terrorisant parce que, la mer, câest vraiment le rĂ©servoir de la nourriture pour toute lâhumanitĂ© â et Ă une Ă©poque oĂč on voit des affiches et on fait des campagnes en raison de la famine qui existe dans certains pays, je trouve trĂšs curieux quâon fasse toute cette campagne pour attirer lâattention des gens sur le fait quâil y en a qui meurent de faim, alors que, par inconscience, on finira par tuer tous les poissons qui sont dans la mer et tout le monde mourra de faimâŠ
Parce que, comme les poissons, une fois que lâespĂšce (âŠ) sâest Ă©teinte et a disparu, elle ne se recrĂ©e pas dâelle mĂȘme. Elle a Ă©tĂ© créée par la nature, par toutes sortes de miracles extraordinaires absolument et totalement incomprĂ©hensibles, du reste, mais ils sont lĂ , les poissons⊠Et le jour oĂč lâĂ©tendue des ocĂ©ans sera recouverte dâune pellicule de mazout, (âŠ) ça sera abominable. » â Louise de Vilmorin (1967)1
Voici comment Louise de Vilmorin, issue dâune cĂ©lĂšbre famille de botanistes et de grainetiers, exprimait Ă un journaliste, Ă lâĂąge de 67 ans â plus de 10 ans avant le naufrage sur les cĂŽtes de Bretagne du supertanker Amoco Cadix â son angoisse de mĂšre et de grand-mĂšre vis-Ă -vis de la destruction inconsidĂ©rĂ©e du vivant. Elle avait visiblement rĂ©ussi Ă garder intacte sa sensibilitĂ© et son Ă©merveillement enfantin, mais aussi son cĆur et son indignation.
Sa rare indĂ©pendance financiĂšre et sa libertĂ© de pensĂ©e et dâagir2 sĂ©duisirent, Ă lâĂ©poque, nombre de ses lectrices.
Femme de lettres française, elle rĂ©ussira â entre ses voyages, ses occupations mondaines et ses nombreuses relations familiales, amicales et amoureuses â Ă publier, entre 1934 et 1967, 13 romans3 qui lui apporteront la notoriĂ©tĂ©. Le plus connu dâentre eux, Madame deâŠ, une « sorte de sotie4 sur le mensonge et ses consĂ©quences en chaĂźne » donnera lieu Ă un film signĂ© Max Ophuls, en 1953.
Elle écrit aussi une biographie de Coco Chanel en 1947 et plusieurs recueils de poÚmes, dont certains seront mis en musique par Francis Poulenc. Elle est également la scénariste et dialoguiste de plusieurs longs métrages, dont Les amants, réalisé par Louis Malle.
Prise dâun malaise, elle meurt le 26 dĂ©cembre 1969 dans son chĂąteau familial de VerriĂšres-le-Buisson oĂč AndrĂ© Malraux, sa derniĂšre liaison amoureuse lâavait rejointe. Elle y repose sous un cerisier, pour que « des enfants viennent y rire et manger des cerises », comme elle lâavait souhaitĂ©.
Domaine public
Lâensemble des Ćuvres (romans, poĂšmes, essais, scĂ©narii, correspondanceâŠ) de Louise de Vilmorin sâĂ©lĂšveront dans le domaine public canadien dĂšs le 1er janvier 2020.
Liste complĂšte
- Voir Wikipedia
Notes et liens complémentaires
- Extrait dâune entrevue non-identifiĂ©e tournĂ©e en 1967 (via DailyMotion). [visionner en ligne]
- Pour en savoir plus sur sa vie privĂ©e tumultueuse, ses nombreux amants et maris illustres, voir Louise de Vilmorin, ombres et lumiĂšres dâune femme de lettre, par JoĂ«lle ChevĂ©, dans Point de vue (14/10/2019).
- Le dernier, Le Lutin sauvage, ne sera publiĂ© quâen 1971 Ă titre posthume.
- La sotie, ou sottie, dĂ©signe une piĂšce satirique Ă caractĂšre politique ou dâactualitĂ© telle quâil sâen est jouĂ© Ă Paris depuis le Moyen-Ăge. Plus de dĂ©tails dans WikipĂ©dia.
Illustration
- Timbre Ă lâeffigie de Louise de Vilmorin. VerriĂšres-le-Buisson: le timbre « Louise de Vilmorin » sâarrache. Le Parisien, 8 fĂ©vrier 2019. © La Poste 2019 (RĂ©publique française). Utilisation Ă©quitable

- ScĂšne du film Madame de... rĂ©alisĂ© par Max OphĂŒls et sorti en 1953. Domaine public (via Wikimedia Commons).
- Jean-Pierre Dalbéra sur Flickr. La tombe de Louise de Vilmorin (VerriÚres-le-Buisson). Licence: CC-BY.

Jâai rĂ©cemment dĂ©couvert la poĂ©sie de Louise de Vilmorin et jâai tout de suite Ă©tĂ© sĂ©duit par cette voix singuliĂšre et hors du temps:
A la fois ancrĂ©e dans la modernitĂ© et dans la tradition (baroque, classique et romantique), sa poĂ©sie est tout Ă fait magique et hors mode, tour Ă tour pleine dâun romantisme ardent et dâun humour absurde ou enjouĂ©. Malheureusement trĂšs sous-estimĂ©e par la critique et moins cĂ©lĂšbre que des auteurs de moindre valeur, Louise de Vilmorin incarne Ă mes yeux la quintessence de la poĂ©sie fĂ©minine.